Aujourd’hui, FakeFeelings fête ses 7 ans.
Plus tellement l’envie, plus tellement le temps.

Je ne vous oublie pas.
J’écris ailleurs, pour moi.

Juste besoin de respirer.
Redémarrer.

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Mes articles ne sont pas très drôles dernièrement, j’en suis navrée. C’est que parfois il faut tomber au plus bas pour comprendre certaines choses et lâcher prise. Lâcher prise oui, c’est humain avant tout de s’avouer vaincu. J’avais besoin de me noyer pour apprendre à respirer différemment. Et si je ne souhaite à personne de vivre ce que j’ai vécu ces derniers mois, je voudrais simplement dire à celles et ceux qui se battent contre la dépression que vous n’avez rien à vous reprocher. J’ai touché le fond quand j’ai compris ça : ce n’est pas ma faute. Et toucher le fond, c’est le premier pas pour rebondir et remonter à la surface. C’est arrêter de tomber dans le vide sans savoir combien de temps encore ça va durer. En comprenant que rien n’était de ma faute, j’ai reçu comme une piqûre d’adrénaline en plein cœur, une décharge électrique qui m’a ranimée.

Pour combattre une dépression, je pense qu’il ne faut pas se dire qu’il y a toujours « pire que soi ». Certes, c’est vrai, mais personne ne devrait être jugé sur son taux de souci et sur la façon dont il ou elle réagit. À cause de mes problèmes d’argent, j’ai compris ce que c’était d’avoir faim, vraiment. J’ai passé des jours entiers à ne manger qu’une vulgaire tranche de pain de mie pour repas. Ça n’était probablement pas aussi grave que les habitants des pays pauvres qui meurent littéralement de faim, c’est certain. Mais ça l’était pour moi, j’en ai souffert à ma façon et c’était mon droit de pleurer devant ma tranche de pain. Même si j’avais toujours un toit sur la tête, un lit pour dormir, des vêtements pour me réchauffer. Oui des tas de gens dorment dehors, à même le sol, sans pull ou couverture. Oui il y a toujours pire que soi. Mais quand on est confronté à ses plus grandes faiblesses dans une dépression, le pire qui puisse exister c’est de ne plus pouvoir se regarder dans un miroir sans avoir envie de vomir.

J’ai dû abandonner mes études quand beaucoup n’ont pas la chance d’apprendre à lire ou à écrire. Mais encore une fois, chaque personne réagit différemment face à un problème. Il m’a fallu un courage immense pour reprendre mes études, à mon âge, avec mon passé chaotique et des tas de rêves qui n’étaient pas réalisables. En m’inscrivant pour la licence d’anglais, je m’inscrivais surtout pour une auto-évaluation, pour voir de quoi j’étais capable et pour approfondir certaines de mes passions. Abandonner tout ça se résumait à un échec cuisant. Puisque de toute façon je n’étais capable de rien, et que tout ce que je touchais se transformait en poussière. Je me haïssais pour ça. Ça m’a vraiment secouée. Combien d’étudiants abandonnent en cours de route, sans que ça ne les perturbe plus que ça ? Énormément. Mais chacun réagit à sa façon…
vous avez compris où je veux en venir.

Je ne cherche pas à me faire plaindre ou à exposer ma vie ici. J’essaye de partager mon expérience. Et répondre indirectement à tous ceux qui m’ont dit « on a tous des problèmes, baisse pas les bras ». J’aimerais juste vous faire comprendre pourquoi j’étais aussi mal, et pourquoi j’insiste pour utiliser le terme de dépression. Au-delà de la fac et des soucis financiers, il y a aussi eu une peine de cœur difficile à gérer, et le tout mélangé a entraîné des problèmes de santé. Beaucoup de choses qui restent dans le silence. C’est mon conseil suivant. On nous répète qu’il faut parler de ses problèmes, qu’il ne faut pas tout garder pour soi. Pour ma part, c’était beaucoup plus douloureux d’en parler et de tout ressasser, que de garder ça pour moi. Si vous déprimez et que vous n’avez pas envie d’en parler, que vous voulez rester seul, alors dites merde à votre entourage. Ça fait du bien, parfois, de se retrouver face à soi-même, de se confronter à nos propres ténèbres. Alors oui j’ai souffert d’une peine de cœur qui m’a broyée de l’intérieur, mais personne n’a besoin d’en connaître les détails. J’ai pris le temps dont j’avais besoin pour me sortir de cette relation toute seule, à mon rythme. En parler n’aurait absolument rien changé à ma douleur, puisque j’étais la seule à pouvoir faire le premier pas pour guérir de mes blessures.

Parler de ma santé, c’était la même chose. M’entendre dire que je devais faire ci ou ça pour aller mieux, ça m’a détruite d’autant plus. Il n’y a rien à faire contre les crises d’angoisse, le stress, la colère, la tristesse, l’épuisement physique et moral… du moment que l’on n’est pas prêt à faire le premier pas, il n’y a rien à faire. C’est moi qui ai décidé d’aller voir un médecin pour me faire prescrire des anxiolytiques. C’est moi qui ai décidé de réduire petit à petit les doses, au fur et à mesure que mon état s’améliorait. C’est moi qui ai pris du recul sur le quotidien, pour souffler et faire le point. Je suis le seul et unique pion sur le plateau de jeu de ma vie. Alors même si les gens autour de vous veulent tirer les dés à votre place, de toute évidence ça ne marchera pas. Prenez le temps qu’il faut. Acceptez de souffrir et de vous perdre vous-mêmes dans ce gouffre au fond du cœur. C’est dangereux, mais c’est la solution. Vous avez le droit d’abandonner, d’avoir mal, de vous enfermer loin de tout, de pleurer à chaudes larmes. Vous avez le droit de perdre espoir et de n’avoir plus envie de rien.

Je me sens vide encore aujourd’hui, malgré les quelques mètres parcourus pour rejoindre la surface. C’est une course contre son ombre et ça ne se fait pas en un jour. Mais ça se fait. La dépression n’a rien de drôle et c’est une maladie qui peut causer bien des dégâts. J’apprends doucement à réparer les miens, mais avec les risques de rechutes à chaque coin de rue, c’est le combat d’une vie. Une vie qui a de l’importance malgré tout, parce que rien n’est de votre faute. Vous n’êtes pas incapables. Et qui que vous soyez, où que vous soyez, quels que soient les problèmes que vous rencontrez, je compatis et je pense à vous. Je vous souhaite de comprendre, et de toucher le fond.

Prenez soin de vous.

C’est comme Anakin Skywalker qui devient Dark Vador (spoiler alert), le gentil petit bonhomme qui se tourne vers les ténèbres. Ou comme Tom Jedusor qui devient Voldemort, mais qui a toujours eu une part de mauvais en lui. C’est comme passer de Walter White à Heisenberg, ou comme si Batman devenait le Joker. C’est comme passer de pile à face, de blanc à noir, du jour à la nuit. C’est se regarder dans un miroir et voir de l’ombre là où il y avait de la lumière.

Le soleil s’est couché sur l’année 2016 et la nuit est tombée, pleine de blessures et de désirs inachevés. La lune est splendide, entière, étincelante. Elle n’est pas éphémère et ne disparaît pas au petit matin, aux premières lueurs du jour. Le jour ne se lève plus dans mon cœur. Mes griffes s’aiguisent et mes crocs claquent. Douce malédiction de se transformer en bête, et de le rester. Le loup solitaire dans un hiver glacial. Cette humanité qui peu à peu s’échappe.

J’ai trop souffert pour continuer à espérer. Cette année 2016 m’a volé mon âme. Je n’ai envie de rien, je ne fais aucun projet, je n’y crois plus. J’avance les yeux fermés, où je ne sais pas. Ni destination ni but, je n’ai pas la force d’être à nouveau déçue. Un coup de plus m’achèverait. Je ne vais pas mieux, mais j’y travaille. Les choses s’arrangent doucement, mais pas très sûrement. J’avance. Je change.

Je ne me défends plus, j’attaque. J’attaque quand on me traite comme de la merde, j’attaque pour réclamer ce qui m’est dû, j’attaque pour obtenir ce que je veux. Je me contrefiche de ce qu’on pense de moi, je laisse sortir mes ténèbres trop longtemps enchaînées. Je suis égoïste, manipulatrice, violente, psychologiquement dérangée, torturée de l’intérieur. J’en ai assez de combattre mes propres démons et d’en souffrir. La porte des Enfers est désormais ouverte.

C’est triste, vous allez me dire. Il ne faut pas abandonner, il y a toujours pire, il faut rester soi-même malgré les épreuves, la lumière est au bout du tunnel, et blablabla. J’en ai assez entendu, des discours d’espoir et d’encouragements, des conseils tournés en leçons sur comment vivre ma vie et quoi faire de mes dix doigts. J’en ai entendu tellement que ça déborde. Alors oui, c’est parce qu’on s’inquiète pour moi, c’est parce qu’on veut m’aider, c’est parce qu’on tient à moi et qu’on ne veut que mon bonheur. Je le conçois et j’en suis fort reconnaissante… mais assez. J’ai besoin de faire des erreurs pour apprendre, comprendre. Je ne demande rien à personne et quand bien même c’est le cas, je sais me ratatiner sur ma fierté. Alors stop. Je suis assez grande pour prendre mes propres décisions, faire mes propres choix, prendre des virages serrés et accepter de finir dans le décor.

Oui c’est triste, vous allez me dire. Vous pouvez m’en vouloir ou tenter de me dissuader de certaines choses, ça n’y changera rien. J’entame un nouveau cycle de ma vie, après avoir gaspillé un quart de siècle où je n’ai rien accompli d’extraordinaire. Je ne supporte plus de voir les regrets couler à flots. Assez d’eau dans le cœur et dans les yeux.

Il est temps d’y mettre le feu.